[Kitetoa, les pizzaïolos du Ouèb

Legalize it! Torture pour tout le monde!

note de l'auteur: de nombreux points n'ont pas été développés dans cet article afin de ne pas trop l'allonger. Nous vous recommandons de suivre les liens pour obtenir les développements nécessaires à une meilleure compréhension de cet article.

« Et pourquoi qu'on aurait pas le droit de torturer un peu les terroristes nous aussi si une grande démocratie comme les Etats-Unis le fait? Hein? Pourquoi? ». Il faut s'attendre à quelques réparties de ce genre de la part de pays qui nous ont habitués depuis longtemps à l'usage de la torture sur les opposants politiques, un peu rapidement rebaptisés « terroristes ». Mais pourquoi pas de la part de pays comme la France, l'Espagne, l'Islande? Alors que vient d'être voté par le Congrès américain un texte (lire un article en anglais) permettant au président américain de décider ce qui est ou non légal en matière d'interrogatoires musclés, la question se pose clairement.

Si l'idée qui vous vient à l'esprit est qu'il serait saugrenu, ou improbable, de voir la France emboîter le pas aux Américains, vous ferriez mieux de vous dire que l'idée qu'un pays comme les Etats-Unis puisse en arriver là est au mieux saugrenue, au pire, révoltante.

Le slogan « Legalize it! » appliqué au cannabis vous choque, vous interpelle? Et pour la torture?

Il n'est un secret pour personne depuis déjà bien longtemps que les Etats-Unis ont systématisé l'usage de la torture dans leur

« guerre contre le terrorisme »

. En septembre 2005, l'association Human Rights Watch publiait un rapport au contenu parfaitement révoltant sur l'usage de la torture à l'encontre de détenus Irakiens par la 82ème division aéroportée. En mai 2004, Amnesty International parlait déjà de « crimes de guerre » et mettait en cause la hiérarchie militaire, si ce n'est le gouvernement américain. Le scandale d'Abu Ghraib avait déclenché une logique nausée chez tous les êtres humains à peu près normaux. Seuls les militaires subalternes avaient payé le prix de l'utilisation de ces méthodes pourtant probablement encouragées par leurs supérieurs. Et même sans doute au plus haut niveau si l'on prend en compte l'ardeur avec laquelle le président américain George Bush a défendu son projet lui permettant de poursuivre sur cette voie.

Toute personne qui a réellement souffert physiquement sait que l'usage de la torture poussera très probablement le torturé à parler. Si le « suspect » est coupable, peut-être avouera-t-il des actions passées, probablement gardera-t-il pour lui des projets d'avenir... En outre, si le « suspect » est parfaitement innocent, il avouera ce que les tortionnaires veulent entendre afin que la douleur prenne fin. En bref, il s'agit d'une méthode aux résultats fort peu utiles. A part pour fabriquer des victimes et/ou des martyrs.

Ce qui ne peut qu'engendrer un cercle vicieux particulièrement meurtrier. Le comportement de l'armée américaine et de ses services de renseignements, qui se placent délibérément depuis des années au dessus des lois et des traités internationaux, ne peut qu'engendrer la haine des populations qui subissent soit directement, soit indirectement ses effets. Cette haine est chaque jour un peu plus meurtrière en Irak ou en Afghanistan. Engendrant à son tour de nouvelles exactions de la part des Américains. Que dire du message envoyé par George Bush et le Congrès américain avec ce vote légalisant la torture?

Il ne peut évidemment qu'aggraver la situation, notamment en Irak et en Afghanistan. Chacun sait qu'elle se dégrade chaque jour un plus, mais également que les buts affichés lors du lancement de ces deux guerres (exportation de la démocratie, pacification de la région, etc.) sont loin d'être atteints. Au contraire, ces pays sont de véritables poudrières et les intégristes de tous bords évoquent avec une sale lueur dans le regard un conflit de civilisations.

Alors que le Congrès américain a voté ce texte, que la communauté internationale dans son ensemble reste étonnamment muette, il est utile de relire le texte d'un discours particulièrement prémonitoire du sénateur américain Robert C. Byrd et intitulé « We Stand Passively Mute »

C'était en février 2003, à la veille de la guerre en Irak.

Voici entre autres choses ce que ce sénateur disait:

« To contemplate war is to think about the most horrible of human experiences.  On this February day, as this nation stands at the brink of battle, every American on some level must be contemplating the horrors of war. Yet, this Chamber is, for the most part, silent -- ominously, dreadfully silent.  There is no debate, no discussion, no attempt to lay out for the nation the pros and cons of this particular war.  There is nothing.

[...]

And this is no small conflagration we contemplate.  This is no simple attempt to defang a villain.  No.  This coming battle, if it materializes, represents a turning point in U.S. foreign policy and possibly a turning point in the recent history of the world. This nation is about to embark upon the first test of a revolutionary doctrine applied in an extraordinary way at an unfortunate time.  The doctrine of preemption -- the idea that the United States or any other nation can legitimately attack a nation that is not imminently threatening but may be threatening in the future -- is a radical new twist on the traditional idea of self defense.  It appears to be in contravention of international law and the UN Charter. 

[...]

There are huge cracks emerging in our time-honored alliances, and U.S. intentions are suddenly subject to damaging worldwide speculation.  Anti-Americanism based on mistrust, misinformation, suspicion, and alarming rhetoric from U.S. leaders is fracturing the once solid alliance against global terrorism which existed after September 11.

[...]

This Administration has split traditional alliances, possibly crippling, for all time, International order-keeping entities like the United Nations and NATO.  This Administration has called into question the traditional worldwide perception of the United States as well-intentioned, peacekeeper.  This Administration has turned the patient art of diplomacy into threats, labeling, and name calling of the sort that reflects quite poorly on the intelligence and sensitivity of our leaders, and which will have consequences for years to come.

[...]

Frankly many of the pronouncements made by this Administration are outrageous.  There is no other word. Yet this chamber is hauntingly silent.  On what is possibly the eve of horrific infliction of death and destruction on the population of the nation of Iraq -- a population, I might add, of which over 50% is under age 15 -- this chamber is silent.

[...]

To engage in war is always to pick a wild card.  And war must always be a last resort, not a first choice.  I truly must question the judgment of any President who can say that a massive unprovoked military attack on a nation which is over 50% children is "in the highest moral traditions of our country".  This war is not necessary at this time. »

Après avoir engagé deux guerres contre des Etats qui ne menaçaient en rien les Etats-Unis, détruit les relations internationales, réduit considérablement les libertés individuelles des Américains, obtenu des accès à des données personnelles de millions de personnes étrangères, bafoué une kyrielle de lois et de traités internationaux, George Bush a réussi à jeter les fondations d'un Etat totalitaire: légaliser la torture. Et demain?

Kitetoa

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