[Kitetoa, les pizzaïolos du Ouèb

UMP, PS, tolérance totale et ordre injuste

Messieurs, mesdames les rois de l'UMP et du PS, vous êtes nus. Et moi, je suis le fou du roi, je viens vous le dire. Vous êtes aussi nus que l'étaient les investisseurs enfumés par les startupeurs qui ont mené l'e-economie à l'explosion avant même qu'elle ne soit devenue adulte. Vous êtes d'une part aveuglés par une supposée puissance d'Internet à qui vous attribuez des vertus improbables (croyez-vous qu'un réseau informatique peu remplacer le lien que vous avez distendu avec vos électeurs?) et vous faites preuve, d'autre part, d'un mépris tout à fait coupable vis-à-vis des gens à qui vous demandez de vous rejoindre via Internet.

Trop beau. A en verser une larme. Cette news postée sur le Blog du secrétariat national aux T.I.C du PS est littéralement renversante: « Pour 2007, le PS veut lever une « armée numérique ». Les experts du PS rendent compte d'une dépêche de l'agence Reuters relatant la volonté du PS de « mobiliser des milliers d'e-militants et de mener une campagne décentralisée ». Y'a pas à dire, si on écoutait nos politiques, soudains experts de premier plan en Internetite, la campagne va se jouer sur le Net. Ce que confirme à Kitetoa.com un responsable du PS: « pour Ségolène, le Net va jouer un grand rôle dans la campagne ». Et à écouter les blogueurs de premier plan, comme l'inénarrable Loïc Le Meur, c'est une certitude: le Net est l'avenir des politiques. Candidats, soyez présents sur le Net ou vous vous planterez lamentablement. Même la presse classique en convient, relevant la stratégie gagnante de Ségolène Royal avec son blog Désirs d'avenir.

Tout cela est bel et bon, mais il y a comme une couille dans le potage: pas plus hier qu'aujourd'hui les politiques n'ont compris ce qu'était Internet. Ils se laissent berner par ceux qui savent. Et ceux qui savent ont les moyens de les enfumer.

Une vraie petite bulle Internet « politique » qui aura heureusement moins de répercussions sur la vie réelle que la première.

Le blog du PS dédié aux nouvelles technologies semble tout ébahi: « Médiamétrie publie une nouvelle étude sur les tendances de la blogosphère et confirme l'intérêt des Français pour les blogs : près de 9 millions des internautes consultent un blog chaque mois soit 2 millions de plus qu'un an auparavant. La moitié y postent des commentaires et 3 604 000 internautes ont déjà créé un blog ! La majorité des créateurs de blogs ont moins de 25 ans et le font le plus souvent sur la plate-forme de la radio Skyrock. ». C'est pas beau ça, la démocratie participative par blog interposé? Ces chiffres ne démontrent-ils pas que des millions d'internautes échangent, qu'ils publient, qu'ils s'expriment, qu'ils forment des « communautés »?

Oui. Mais heu... Faisons des maths: 9 millions d'internautes qui se répartissent sur 3,6 millions de blogs, ça nous fait... Voyons voir... A peu près 2,5 internautes (et encore, j'arrondis) par blog. Bien entendu, certains blogs attirent plus d'internautes que d'autres, ce chiffre est donc à relativiser. Mais tout de même...

C'est un petit oubli de ceux qui savent, lorsqu'ils vendent leurs blogs et autres sites aux partis politiques: il n'y a personne sur les sites que l'on vend très cher. Statisticator vous l'avait déjà démontré, mais s'il fallait le refaire, ce ne serait pas bien compliqué: les visites sur les sites sont faibles. Regardez par exemple ce site qui culmine à 11.510 visites par mois.

Le poids d'Internet dans la campagne est probablement très fortement surestimé par nos amusants « dirigeants ».

Quand la sécurité merde, la vérité apparaît...

La question qui se pose est la suivante... Mais s'il n'y a personne (ou presque) que les sites, quelle est l'économie du bidule?

Les problèmes de sécurité des sites politiques ont été largement évoqués ces temps-ci, par le Canard Enchaîné et par Zataz.

Tout d'abord, ce sont les sites du PS et de l'UMP qui donnaient accès à des informations sur des dizaines de milliers d'adhérents. On y trouvait des listes avec les noms, adresses, téléphones, montants d'adhésion, de dons et d'autres joyeusetés.

Imaginez ce que des pros du marketing, ou du spam, pas très scrupuleux pourraient faire de ces listes. Ne parlons pas des journalistes (forcément mauvais coucheurs) qui pourraient raconter que tel dirigeant politique habite dans un quartier chic alors qu'il se dit proche du peuple et de ses préoccupations. Bref.

Mais revenons à cette vérité qui ne manque pas d'apparaître lorsque la sécurité informatique pèche. C'est valable pour les statistiques, mais cela montre aussi plus largement que là où les politiques voient un outil essentiel dans leur campagne, il n'y a qu'un petit outil à deux cents d'euro.

Premier exemple, le livre de Nicolas Sarkozy. Le ministre candidat annonce environ 400.000 ventes. Dans les librairies. Mais sur le net, sur son site dédié à son livre, il n'en vend que 3.800. Deuxième exemple, là où l'UMP annonce quelques millions de dons, le Canard Enchaîné et Zataz rapportent que le site dédié auxdits dons n'enregistre qu'une petite dizaine de donations par mois. Avec des montants très faibles. Ces soutiens payent-ils le développement par l'agence prestataire du site? Son hébergement? Sa maintenance? Lorsque Nicolas Sarkozy veut faire un truc à la mode (la parité) et fait créer un site pour les femmes, il n'engrange que (presque) 3.000 abonnées. Hors doublons. Lorsque l'UMP gère ses adhérents sur son site, on n'en découvre « que » 125.000 au lieu des 300.000 annoncés. Au PS, on se rend compte que le nombre de nouveaux adhérents par jour atteint péniblement la cinquantaine.

Vous ne saurez pas ce que coûte à nos partis politiques leur présence sur Internet. Ce n'est pas faute de le leur avoir demandé. Mais ni l'UMP ni le PS n'ont voulu répondre à Kitetoa.com. Secret Défense.

Tolérance zéro et ordre juste

Vous n'avez pas pu manquer les déclarations alarmistes sur l'insécurité, le retour en force dans la campagne actuelle du thème qui avait amené 17% de français à donner leur voix à Jean-Marie Le Pen. L'un nous assomme avec sa « tolérance zéro » karcherisante, l'autre nous amuse avec son « ordre juste ». D'un autre côté, lorsque l'affaire Clearstream s'enlise et qu'il ne reste plus grand chose juridiquement à faire, le Parquet demande la mise en examen de ceux qui ont apporté les preuves permettant de démonter la manipulation. Tolérance zéro hein, surtout pour ceux qui n'ont rien fait. Toute vérité n'est pas bonne à dire.

Mais revenons à nos moutons politiques qui ne tolèrent rien.

Prenons un article du code pénal: l'article 226-17 pour être précis. « Le fait de procéder ou de faire procéder à un traitement de données à caractère personnel sans mettre en oeuvre les mesures prescrites à l'article 34 de la loi nº 78-17 du 6 janvier 1978 précitée est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 300 000 Euros d'amende. ». Que nous dit le législateur dans cet article 34? Que « Le responsable du traitement est tenu de prendre toutes précautions utiles, au regard de la nature des données et des risques présentés par le traitement, pour préserver la sécurité des données et, notamment, empêcher qu'elles soient déformées, endommagées, ou que des tiers non autorisés y aient accès. ».

Or qu'avons nous là? L'UMP, parti dirigé par le tenant de la « tolérance zéro » et qui permet à n'importe quel internaute de consulter les fiches de 125.000 adhérents... Et que dit l'UMP lorsque cette vérité est énoncée et alors qu'elle pose évidemment la question de la confidentialité des données de ses adhérents ? « le chiffre auquel vous faites référence dans votre article correspond à l'un de nos fichiers mais il ne s'agit en aucun cas du fichier national des adhérents qui n'est pas accessible via le site Internet de l'UMP. Celui-ci faisant l'objet d'un hébergement dédié ». Pas un mot de regret pour la non protection des données personnelles de ses adhérents. Aucune explication sur ce que serait finalement ce fichier de 125.000 personnes. Au PS, c'est un peu plus compliqué, mais disons que traînaient dans un coin une liste de 65.000 adhérents, dans un autre, une liste de 6.000 personnes, une autre liste, contenant les dons de quelques centaines d'autres, etc. Du côté socialiste, il faut se tourner vers le blog des nouvelles technologies pour avoir une réaction: « Ils n'ont pu avoir accès qu'au chiffre d'adhésions, jour par jour et voir ainsi que ce que l'on dit publiquement correspond au back office... Donc aucune atteinte aux données personnelles. » Vraiment? les 65.000 militants dont les noms et adresse étaient stockés, librement accessibles, sur le Web apprécieront.

Face à ces infractions à l'article 34 de la loi nº 78-17 du 6 janvier 1978 par l'UMP et le PS, Nicolas Sarkozy ne réclame pas de tolérance zéro. Ségolène Royal ne parle pas d'ordre juste. Le Parquet reste muet. Et la CNIL(*)... La quoi?

Kitetoa

(*) Kitetoa.com a contacté la CNIL pour obtenir son avis sur ces problèmes de non protection de données personnelles à carractère politique et repoussé la publication de l'article dans l'attente de sa réponse. A ce jour, nous attendons toujours la réponse de la CNIL. Update du 17/01/2007: Kitetoa crèe le KiteCompteur de la CNIL pour déterminer combien il faut de temps à l'institution pour répondre à une question d'un journaliste.

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Citation du jour: « Oh malheureux renard, les miliciens t'ont eu! »

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